lundi 28 septembre 2015

LES MAINS SALES de Jean-Paul Sartre

Aujourd’hui l’Avis Etudiant vous présente un grand classique de la littérature française moderne : Les Mains Sales, de Jean-Paul Sartre, pièce de théâtre en sept tableaux, jouée pour la première fois en 1948 au Théâtre Antoine à Paris.
    
Jean-Paul SARTRE est un grand écrivain, essayiste, dramaturge, critique littéraire et philosophe français du XXème siècle, normalien, chef de file du courant philosophique de l’Existentialisme, que l’on peut conceptualiser par « l’existence précède l’essence » ou encore par « l’Homme est condamné à être libre », philosophie qu’il développe dans L’Existentialisme Est Un Humanisme, auquel nous vous renvoyons si vous désirez en savoir plus. Cette doctrine va beaucoup influencer la vie politique française de 1945 à 1970, et Sartre est la définition même de l’écrivain engagé.

     La pièce se présente 7 tableaux : le premier et septième tableau se déroulent dans le présent, en 1945 tandis que les cinq autres se déroulent le passé, en 1943, et se situent en Illyrie, état fasciste fictif germano-slave d’Europe, allié de l’Allemagne nazie. Nous suivons donc les actions présentes et passées, d’un jeune intellectuel bourgeois, Hugo, membre récent du Parti Révolutionnaire d’Illyrie, ex-parti politique d’Illyrie désormais dissous et œuvrant clandestinement. Au début de la pièce, Hugo sort de prison pour le meurtre en 1943 d’Hoederer, un cadre du Parti. Un meurtre pour lequel on apprend qu’il a été mandaté par le Parti lui-même car Hoederer souhaitait s’allier avec le Pentagone, autre groupuscule clandestin composé de bourgeois libéraux et nationaliste, ainsi qu’avec le parti fasciste au gouvernement, afin de convenir à un partage du pouvoir et mettre un terme à cette guerre intestine entre les trois organisations qui ronge le pays en pleine Deuxième Guerre Mondiale. Pour ce faire, Hugo va être envoyé avec sa femme comme secrétaire personnel d’Hoederer, afin de le surveiller et le tuer au moment opportun. La pièce développe les raisons qui ont poussé Hugo à passer à l’acte en dépit de la forte relation qu’il avait noué avec Hoederer, homme dont il s’aperçoit qu’il n’est en fin de compte pas le traitre opportuniste qu’on lui a dépeint, mais un homme de valeur cherchant à protéger le peuple d’Illyrie, quitte à faire des concessions sur son idéal.

     Il est difficile de faire une critique sur un tel auteur et une telle œuvre, c’est pourquoi il vous est proposé un sentiment personnel sur cette œuvre :
Tout d’abord, observons la forme. Il s’agit d’une pièce de théâtre mais qui pourrait très bien être un roman si il n’y avait pas de mise en forme théâtrale du texte car ce qui importe dans cette pièce ce n’est point le décor (très sommaire), ni le contexte (l’Illyrie, la 2GM pourraient très bien être la France aujourd’hui) mais la parole des personnages. En effet, les dialogues sont très courts, le rythme est rapide, le style est épuré, le registre courant voire familier par moment. Tout ceci renforce la tension dans la pièce au fur et à mesure que l’acte approche, nous prends à la gorge sans jamais nous lâcher.
Ensuite, si l’on est un jeune à la sensibilité politique affirmée (quelque bord que ce soit), l’identification à Hugo, qui croit dur comme fer en son idéal politique et compte tout faire pour que celui-ci se réalise, sera sûrement inéluctable et l’on sera troublé par les déclarations d’Hoederer qui entrainent une remise en question totale de nos actes. Et c’est là tout le propos de Sartre : nous sommes seuls responsables de nos actes, aucune idéologie ne peut les justifier, ces dernières ne sont qu’un prétexte que l’on donne pour se rassurer, pour donner un sens à son existence. Sartre nous pose aussi la question de la violence politique : tous les moyens sont-ils bon pour parvenir à cet idéal ? L’ordre politique exclut-il la violence ? Est-il nécessaire d’avoir « les mains sales » pour construire une société politique ? Ces questions ont de quoi remplir des centaines de page de dissertations philosophiques ou simplement emplir notre esprit de nombreuses questions « existentielles ». Et le résultat est puissant, sans appel : on est transporté du début à la fin, on s’indigne, on approuve, on doute, et surtout on réfléchit, on trouve sans difficultés des liens avec la vie politique actuelle qui font l’intemporalité de cette œuvre. Malgré sa noirceur, son tragique, elle invite à l’engagement corps et âme pour le changement, du moment que l’on en assume la responsabilité.

Enfin, pour conclure cette « critique », voici un extrait qui résume à merveille cette œuvre et le génie de Sartre :
Hoederer à Hugo.
« Comme tu tiens à ta pureté, mon petit gars. Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien reste pur ! A quoi cela servira-t-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? La pureté, c’est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels, les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants. Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t’imagines qu’on peut gouverner innocemment ? »
-


HEYN Nicolas

mercredi 23 septembre 2015

LA FORMULE DE DIEU de José Rodriguez Dos Santos

Lecteurs, Lectrices bonsoir !

Aujourd’hui l’avis étudiant  vous propose son opinion sur un livre peu connu mais qui mérite mille fois d’être lu : La Formule de Dieu, un Roman-Fiction de José Rodriguez Dos Santos mêlant à la fois action, sciences physiques et réflexions philosophiques.
Et non Jeunes lecteurs! Il ne s’agit malheureusement pas du charmant José que vous avez pu rencontrer sur les plages espagnoles cet été, mais croyez-moi, faire la connaissance de José Rodriguez Dos Santos est tout aussi intéressant ! Natif de Beira au Mozambique, José Rodriguez vit une enfance et une adolescence troublées par la séparation de ses parents, ainsi que par ses quelques déménagements. C’est ainsi qu’en 1981, le jeune José, âgé de 17ans, se lance dans une carrière journalistique au sein de Radio Macau avant de devenir professeur à l’université nouvelle de Lisbonne, lieu emblématique qui sert de point de départ dans la plupart de ses Romans.

            En terme d’histoire prenante, la Formule de Dieu n’a rien à envier à ces prédécesseurs : Une rencontre énigmatique entre Albert Einstein et le premier ministre Israélien Ben Gourion espionné par deux agents de la CIA. Un jeune et brillant cryptologie, Tomas Noronha, chargé de décrypter 50 ans plus tard un mystérieux parchemin susceptible de contenir de quoi bouleverser l’ordre mondial.
Deux histoires, n’ayant à première vue aucun lien, s’entremêlent en un cocktail explosif de 500 pages. 500 pages d’aventure, de suspense, mais aussi 500 pages d’explications sur les nombreux phénomènes physiques qui nous entourent, notions plutôt abstraites que –non pas qu’ils soient incompétents- nos professeurs de physique de Collège-Lycée n’ont su clarifier.
En résumé, il s’agit d’un vrai régal épistémologique qui ne cesse de rallier deux domaines qui paraissent parfois totalement en opposition : la science et le divin, physique quantique et croyances bouddhistes, en passant par la place de l’homme dans l’univers et même, pour les quelques amateurs de philo, une légère approche du sens de la vie, bien plus simple toutefois que celle proposée par Nietzche et ses autres confrères.

Lire la Formule de Dieu c’est aussi et surtout se laisser transporter par des raisonnements riches de sens qui tentent tout au long de l’intrigue d’expliquer à partir de véritables recherche scientifiques –et j’insiste vraiment sur le côté authentique des expériences exploitées-  l’existence de Dieu. Rien que ca. Pas de superstition, pas de jugements infondés. Seulement une réponse construite, réfléchie et argumentée par un passionné du sujet qui vous donne matière à penser sur l’une des plus grandes questions que se pose le monde.


A vous jeunes scientifiques débutants, mais aussi à vous autres littéraires aguerris désireux de découvrir en toute simplicité un domaine qui vous est à la fois si proche et lointain,  à tous ceux, qui dont la curiosité est piquée, de découvrir les secrets intrinsèques de la nature qui nous entoure, et à tout les autres, oui vous dont le hasard vous a mené à lire cet article, permettez à cet ouvrage de vous faire comprendre que ce même hasard n’a pas sa place dans ce monde, et qu’il n’est que le fruit d’heureuses coïncidences programmées.

            On se quitte ainsi sur une des petites idées développées dans le livre, idée qui a certainement déjà germé dans les plus intimes partie de notre conscience :

«  Si l’univers était conscient, il est un écrivain et lui, Tomas, un personnage de roman. Cette idée était sans aucun doute terrifiante, mais d’une certaine façon, il sentait qu’elle était vraie. Quelqu’un l’avait crée, quelqu’un lui faisait vivre ces aventures invraisemblables, quelqu’un gagnait même de l’argent avec ca. Lui, Tomas, n’était qu’un personnage de fiction et l’univers conscient qui lui avait donné vie était le cerveau d’un écrivain. « Quelle chose incroyable » songea-t-il. Provocante même, mais ô combien véritable... »

Salim LARAICHI

mardi 22 septembre 2015

LE COLLIER ROUGE de Jean-Christophe Rufin

Jean-Christophe Rufin est un académicien français, médecin de carrière, qui a consacré une grande partie de sa vie à des actions humanitaires. Une vie aussi aventureuse lui a permis d’observer, ressentir et comparer les différentes atmosphères des deux hémisphères. Cet engagement difficilement égalable est retranscrit à travers son écriture, si exceptionnelle qu’elle lui a valu de nombreux prix au cours de sa carrière ; notamment le prix Goncourt 2001 pour Rouge Brésil. Sa philosophie quotidienne se résume à une phrase de ce chef d’œuvre : « J'ai été déformé dans le sens du visuel. [...] Comme le disait Kundera, il y a deux sortes d'écrivains : l'écrivain musicien et l'écrivain peintre. Moi je suis peintre. [...] Quand on écrit, soit on écoute, soit on voit. On ne peut pas faire les deux en même temps ».

Aujourd’hui, l’avis étudiant vous soumet son opinion sur son roman Le collier rouge, écrit pour le centenaire du premier conflit mondial. Ce livre rend hommage à un ami photographe Benoît Gysembergh qui a succombé à une maladie peu de temps avant sa publication. Ce livre s’inspire d’une anecdote racontée par cet ami et prouve que Rufin, par son talent d’analyse, a su saisir ce morceau de vie paraissant banal et sans valeur morale, mais qui ombrage une véritable leçon de vie. La première de couverture est intrigante : un chien. Ce chien au regard profond semble épier quelque chose, certainement une lumière qui se reflète dans ses yeux. Cette lumière, voyez vous, est la morale de ce livre. Les réponses à vos questions ne se situent pas toujours où vous le pensez. La quatrième de couverture, aussi énigmatique soit elle, vous plonge dans un univers incroyable et ambigu où votre unique objectif sera de comprendre le lien de ces quatre personnages.

La trame de ce livre est incomplexe. Le contexte est particulier, nous sommes dans une période post-guerre où la confiance rencontre des difficultés à se réinsérer dans les relations individuelles. Morlac, un héros de la Première Guerre Mondiale, est emprisonné pour cause d’un affront à la Patrie. Son milieu de vie est insalubre, sombre mais il a connu la guerre ; et connaître la guerre c’est apprendre à mourir. Parallèlement, son chien Guillaume reste devant la prison. Il incarne la fidélité de l’amitié. La relation entre Morlac et Guillaume expose une entente et une complicité qui démontre que la guerre sépare mais unie également. Cette relation puisera au plus profond les concepts de loyauté et de fidélité jusqu’au point de remettre en question ces valeurs dites universelles.  Le chien vous répondra. Cette personnification animale n’est pas un hasard, car qui aujourd’hui pourrait incarner une loyauté aussi pure et intangible mis à part le meilleur ami de l’Homme ? Enfin, le juge chargé de cette affaire  sera le seul responsable de la sentence invoquée mais le conflit entre Alliés et Empires Centraux a influencé positivement sa vision de la justice. A l’âge de la retraite, il va se consacrer à son dernier procès, il apparaît symbolique personnellement mais il incarne une maxime collective. Sans s’en rendre compte, le juge sera le médiateur d’une leçon de vie indémodable.

La guerre, ce mot qui résonne à chaque 20h, un mot quotidien et habituel mais qui est si loin de nous. Et si proche des anciennes générations. La guerre n’a pas une définition singulière, ni aucune définition objective. La guerre s’observe, se vit, se ressent et bien d’autres sentiments encore. La guerre est un des sentiments les plus indescriptibles. Ce livre vous prouvera que la vie est un perpétuel combat, qu’il faut savoir se battre mais surtout, qu’il faut comprendre son adversaire, qu’il faut le connaître pour mieux vaincre et s’affirmer… Ou justement, savoir renoncer. Une amicalité apparaitra progressivement entre Morlac et le juge, et leurs discussions vont exposer l’absurdité du concept de guerre. Ce livre retranscrit véritablement les dures réalités de la guerre, mais également la difficulté des interactions sociales dans une société bouleversée, où le seul objectif est de renaître de ses cendres ; les cendres des millions de combattants qui ont perdu la vie.

Fidélité et fraternité sont deux valeurs si proches, mais si différentes. Etre fidèle n’est pas forcément être fraternel.  On ne peut contraindre personne à démontrer une once de fraternité, seule la volonté peut y contribuer. Morlac et Guillaume sont l’image du passage d’une Europe disparate et désunie à une Europe soudée et fraternelle.  


La lecture de ce livre est rapide, fluide et dynamique mais suscite un questionnement incessant où histoires familiales, relations privées et brutalisation d’une société se confronte, et permet l’émergence d’un grand roman. Celui ci, fort en émotion et en symbole, se classerait parmi la catégorie « novela » des Américains : il est presque un roman, presque une nouvelle, mais pas complètement un des deux. Le talent de l’auteur se retrouve dans le chemin progressif vers la vérité, sans ennui et sans lassitude. Par ailleurs, Jean-Christophe Rufin décrit les failles sociétales de l’époque où la confrontation des meurs politiques est récurrente et difficile à cerner sans une prise de recul dans notre point de vue. Ce livre d’une durée de 140 pages est rapide à lire car il n’est pas torturant, il est moral. MORAL.

Julien CASBAS

jeudi 17 septembre 2015

L'AVIS ETUDIANT DEBUTE

Bonjour à tous, étranger ou connaissances, passionnées ou passagers, être humain ou être à part.

Si tu te retrouves seul à lire ces mots, tu es déjà victorieux. En effet, la curiosité n'est plus un attribut dans un monde où l'information est dépassé par la mésinformation, la surinformation ou la désinformation. L'intérêt pour la lecture est invisible. Se ressourcer avec les mots n'existe plus, on se recharge comme des appareils électriques, on vit à leur manière et en fonction d'eux. Mais, où est l'autonomie qui diffère l'Homme de l'Autre, des Autres? Comment bien penser sans se confronter à la puissance des mots, sans se comparer à la beauté ou l'ennui de l'ailleurs, sans connaitre les parcours des autres individus qui forgeront notre propre expérience? Comment survivre sans vivre avec la littérature?

Autrefois, la littérature était un atavisme. Chaque famille, chaque homme, chaque femme, chaque enfant lisait; et le goût de la lecture se transmettait. Depuis l'arrivée d'Internet, des réseaux sociaux et autres concepts qui s'accaparent le temps des vies humaines à des fins lucratives, la mise en scène dépasse la réalité. Chacun veut exposer son bonheur mais la démonstration et le mensonge deviennent plus forts que lui, le bonheur qui plus est la quête de tout un chacun. L'objectif de ce blog sera d'utiliser Internet afin de permettre la ré-émergence, la résurrection, la naissance numérique de la littérature. Internet proposera des avis littéraires, plus précisément des avis d'étudiants, qui par leurs expériences vous guideront vers vos préférences. Internet ne sera plus notre ennemi, mais notre support.

Ce blog aura pour objectif de redorer la littérature en vous conseillant des livres selon votre caractère, vos goûts et votre état d'esprit car, comme disait Mauriac, la lecture est une ouverture sur un monde enchanté.

Lecteurs et lectrices, à bientôt.