Jean-Christophe
Rufin est un académicien français, médecin de carrière, qui a consacré une
grande partie de sa vie à des actions humanitaires. Une vie aussi aventureuse
lui a permis d’observer, ressentir et comparer les différentes atmosphères des
deux hémisphères. Cet engagement difficilement égalable est retranscrit à
travers son écriture, si exceptionnelle qu’elle lui a valu de nombreux prix au
cours de sa carrière ; notamment le prix Goncourt 2001 pour Rouge Brésil. Sa philosophie quotidienne
se résume à une phrase de ce chef d’œuvre : « J'ai été déformé dans le sens du visuel. [...] Comme le
disait Kundera, il y a deux sortes d'écrivains : l'écrivain musicien et
l'écrivain peintre. Moi je suis peintre. [...] Quand on écrit, soit on écoute,
soit on voit. On ne peut pas faire les deux en même temps ».
Aujourd’hui,
l’avis étudiant vous soumet son opinion sur son roman Le collier rouge, écrit
pour le centenaire du premier conflit mondial. Ce livre rend hommage à un ami
photographe Benoît Gysembergh qui a succombé à une maladie peu de temps avant
sa publication. Ce livre s’inspire d’une anecdote racontée par cet ami et
prouve que Rufin, par son talent d’analyse, a su saisir ce morceau de vie
paraissant banal et sans valeur morale, mais qui ombrage une véritable leçon de
vie. La première de couverture est intrigante : un chien. Ce chien au
regard profond semble épier quelque chose, certainement une lumière qui se
reflète dans ses yeux. Cette lumière, voyez vous, est la morale de ce livre.
Les réponses à vos questions ne se situent pas toujours où vous le pensez. La
quatrième de couverture, aussi
énigmatique soit elle, vous plonge dans un univers incroyable et ambigu où
votre unique objectif sera de comprendre le lien de ces quatre personnages.
La trame de ce livre est incomplexe. Le contexte est
particulier, nous sommes dans une période post-guerre où la confiance rencontre
des difficultés à se réinsérer dans les relations individuelles. Morlac, un
héros de la Première Guerre Mondiale, est emprisonné pour cause d’un affront à
la Patrie. Son milieu de vie est insalubre, sombre mais il a connu la
guerre ; et connaître la guerre c’est apprendre à mourir. Parallèlement,
son chien Guillaume reste devant la prison. Il incarne la fidélité de l’amitié.
La relation entre Morlac et Guillaume expose une entente et une complicité qui
démontre que la guerre sépare mais unie également. Cette relation puisera au
plus profond les concepts de loyauté et de fidélité jusqu’au point de remettre
en question ces valeurs dites universelles.
Le chien vous répondra. Cette personnification animale n’est pas un
hasard, car qui aujourd’hui pourrait incarner une loyauté aussi pure et
intangible mis à part le meilleur ami de l’Homme ? Enfin, le juge chargé
de cette affaire sera le seul
responsable de la sentence invoquée mais le conflit entre Alliés et Empires
Centraux a influencé positivement sa vision de la justice. A l’âge de la
retraite, il va se consacrer à son dernier procès, il apparaît symbolique
personnellement mais il incarne une maxime collective. Sans s’en rendre compte,
le juge sera le médiateur d’une leçon de vie indémodable.
La guerre, ce mot qui résonne à chaque 20h, un mot
quotidien et habituel mais qui est si loin de nous. Et si proche des anciennes
générations. La guerre n’a pas une définition singulière, ni aucune définition
objective. La guerre s’observe, se vit, se ressent et bien d’autres sentiments
encore. La guerre est un des sentiments les plus indescriptibles. Ce livre vous
prouvera que la vie est un perpétuel combat, qu’il faut savoir se battre mais
surtout, qu’il faut comprendre son adversaire, qu’il faut le connaître pour
mieux vaincre et s’affirmer… Ou justement, savoir renoncer. Une amicalité
apparaitra progressivement entre Morlac et le juge, et leurs discussions vont
exposer l’absurdité du concept de guerre. Ce livre retranscrit véritablement
les dures réalités de la guerre, mais également la difficulté des interactions
sociales dans une société bouleversée, où le seul objectif est de renaître de
ses cendres ; les cendres des millions de combattants qui ont perdu la
vie.
Fidélité et fraternité sont deux valeurs si proches, mais
si différentes. Etre fidèle n’est pas forcément être fraternel. On ne peut contraindre personne à démontrer
une once de fraternité, seule la volonté peut y contribuer. Morlac et Guillaume
sont l’image du passage d’une Europe disparate et désunie à une Europe soudée
et fraternelle.
La lecture de ce livre est rapide, fluide et dynamique
mais suscite un questionnement incessant où histoires familiales, relations
privées et brutalisation d’une société se confronte, et permet l’émergence d’un
grand roman. Celui ci, fort en émotion et en symbole, se classerait parmi la
catégorie « novela » des Américains : il est presque un roman,
presque une nouvelle, mais pas complètement un des deux. Le talent de l’auteur se
retrouve dans le chemin progressif vers la vérité, sans ennui et sans
lassitude. Par ailleurs, Jean-Christophe Rufin décrit les failles sociétales de
l’époque où la confrontation des meurs politiques est récurrente et difficile à
cerner sans une prise de recul dans notre point de vue. Ce livre d’une durée de
140 pages est rapide à lire car il n’est pas torturant, il est moral. MORAL.
Julien CASBAS
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