mardi 22 septembre 2015

LE COLLIER ROUGE de Jean-Christophe Rufin

Jean-Christophe Rufin est un académicien français, médecin de carrière, qui a consacré une grande partie de sa vie à des actions humanitaires. Une vie aussi aventureuse lui a permis d’observer, ressentir et comparer les différentes atmosphères des deux hémisphères. Cet engagement difficilement égalable est retranscrit à travers son écriture, si exceptionnelle qu’elle lui a valu de nombreux prix au cours de sa carrière ; notamment le prix Goncourt 2001 pour Rouge Brésil. Sa philosophie quotidienne se résume à une phrase de ce chef d’œuvre : « J'ai été déformé dans le sens du visuel. [...] Comme le disait Kundera, il y a deux sortes d'écrivains : l'écrivain musicien et l'écrivain peintre. Moi je suis peintre. [...] Quand on écrit, soit on écoute, soit on voit. On ne peut pas faire les deux en même temps ».

Aujourd’hui, l’avis étudiant vous soumet son opinion sur son roman Le collier rouge, écrit pour le centenaire du premier conflit mondial. Ce livre rend hommage à un ami photographe Benoît Gysembergh qui a succombé à une maladie peu de temps avant sa publication. Ce livre s’inspire d’une anecdote racontée par cet ami et prouve que Rufin, par son talent d’analyse, a su saisir ce morceau de vie paraissant banal et sans valeur morale, mais qui ombrage une véritable leçon de vie. La première de couverture est intrigante : un chien. Ce chien au regard profond semble épier quelque chose, certainement une lumière qui se reflète dans ses yeux. Cette lumière, voyez vous, est la morale de ce livre. Les réponses à vos questions ne se situent pas toujours où vous le pensez. La quatrième de couverture, aussi énigmatique soit elle, vous plonge dans un univers incroyable et ambigu où votre unique objectif sera de comprendre le lien de ces quatre personnages.

La trame de ce livre est incomplexe. Le contexte est particulier, nous sommes dans une période post-guerre où la confiance rencontre des difficultés à se réinsérer dans les relations individuelles. Morlac, un héros de la Première Guerre Mondiale, est emprisonné pour cause d’un affront à la Patrie. Son milieu de vie est insalubre, sombre mais il a connu la guerre ; et connaître la guerre c’est apprendre à mourir. Parallèlement, son chien Guillaume reste devant la prison. Il incarne la fidélité de l’amitié. La relation entre Morlac et Guillaume expose une entente et une complicité qui démontre que la guerre sépare mais unie également. Cette relation puisera au plus profond les concepts de loyauté et de fidélité jusqu’au point de remettre en question ces valeurs dites universelles.  Le chien vous répondra. Cette personnification animale n’est pas un hasard, car qui aujourd’hui pourrait incarner une loyauté aussi pure et intangible mis à part le meilleur ami de l’Homme ? Enfin, le juge chargé de cette affaire  sera le seul responsable de la sentence invoquée mais le conflit entre Alliés et Empires Centraux a influencé positivement sa vision de la justice. A l’âge de la retraite, il va se consacrer à son dernier procès, il apparaît symbolique personnellement mais il incarne une maxime collective. Sans s’en rendre compte, le juge sera le médiateur d’une leçon de vie indémodable.

La guerre, ce mot qui résonne à chaque 20h, un mot quotidien et habituel mais qui est si loin de nous. Et si proche des anciennes générations. La guerre n’a pas une définition singulière, ni aucune définition objective. La guerre s’observe, se vit, se ressent et bien d’autres sentiments encore. La guerre est un des sentiments les plus indescriptibles. Ce livre vous prouvera que la vie est un perpétuel combat, qu’il faut savoir se battre mais surtout, qu’il faut comprendre son adversaire, qu’il faut le connaître pour mieux vaincre et s’affirmer… Ou justement, savoir renoncer. Une amicalité apparaitra progressivement entre Morlac et le juge, et leurs discussions vont exposer l’absurdité du concept de guerre. Ce livre retranscrit véritablement les dures réalités de la guerre, mais également la difficulté des interactions sociales dans une société bouleversée, où le seul objectif est de renaître de ses cendres ; les cendres des millions de combattants qui ont perdu la vie.

Fidélité et fraternité sont deux valeurs si proches, mais si différentes. Etre fidèle n’est pas forcément être fraternel.  On ne peut contraindre personne à démontrer une once de fraternité, seule la volonté peut y contribuer. Morlac et Guillaume sont l’image du passage d’une Europe disparate et désunie à une Europe soudée et fraternelle.  


La lecture de ce livre est rapide, fluide et dynamique mais suscite un questionnement incessant où histoires familiales, relations privées et brutalisation d’une société se confronte, et permet l’émergence d’un grand roman. Celui ci, fort en émotion et en symbole, se classerait parmi la catégorie « novela » des Américains : il est presque un roman, presque une nouvelle, mais pas complètement un des deux. Le talent de l’auteur se retrouve dans le chemin progressif vers la vérité, sans ennui et sans lassitude. Par ailleurs, Jean-Christophe Rufin décrit les failles sociétales de l’époque où la confrontation des meurs politiques est récurrente et difficile à cerner sans une prise de recul dans notre point de vue. Ce livre d’une durée de 140 pages est rapide à lire car il n’est pas torturant, il est moral. MORAL.

Julien CASBAS

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire