Édouard Louis
est né sous le nom d’Eddy Bellegueule. Issu d’un milieu très modeste, il a
réussi ses études et prouve que la volonté construit une grande part de la
réussite. Il est étudiant en sociologie à l’ENS et écrivain. A l’âge de 21 ans,
il publie son premier roman, ce roman est en réalité son histoire personnelle,
qui sera un chef d’œuvre sur le plan des émotions et de la description des
sentiments ainsi que sur son embarrassante vie d’homosexuel inavouée dans une
société misogyne. Parallèlement, la médiatisation de la réussite de ce livre
suscite l’émergence de polémiques qui remettent en cause la manière dont il
décrit ses relations avec sa famille, presque sans amour, sans compassion, sans
lien. Ces critiques ont nui au ressenti de son livre mais pas à sa qualité, car
en mars 2014 il a obtenu le Prix Pierre Guénin contre l’homophobie et pour
l’égalité des droits. Malgré son jeune âge, Edouard Louis s’affirme déjà comme
un grand écrivain.
Comment
raconter sa vie alors que vous ne l’avez pas aimé ? Ou alors comment
raconter la vie alors qu’elle même ne vous a pas aimé ? Eddy a vécu dans un village où, semblable à
nos règles grammaticales, le masculin l’emporte sur le féminin. Eddy, efféminé et homosexuel, ne s’épanouit
pas dans sa jeunesse, période où l’insouciance nous rend innocent et rêveur car
la vie n’y est qu’amusement et amitié. Il est impossible pour Eddy de faire
comme son père ou ses amis bien qu’il essaye : journée à l’usine,
télévision le week-end, boire un verre au bar à proximité avec ses amis. Eddy
est différent, et les autres lui transmettent leurs ressentis avec des insultes
ou réflexions permanentes : « Qu’est ce qu’il a le
débile ? », « Pédale ». Ces paroles dans leur intégralité
sont blessantes pour cet enfant qui est juste un humain orignal, singulier et
qui ne s’inscrit pas dans la continuité du processus de socialisation commun de
ce village. Cette différence alliée à l’accumulation et la récurrence des
insultes stigmatisent encore plus Eddy qui devient la risée du collège. Elles
détruisent son intelligence qu’il ne peut affirmer, elles amenuisent sa
capacité à s’intégrer et elles renforcent sa marginalisation. L’âme et le corps
d’Eddy sont abimés quotidiennement. Un proverbe français dit « L’espoir
fait vivre », alors Eddy pour se sortir de ce calvaire a placé ses
espérances dans les études et le théâtre pour s’échapper et vivre sa vie
pleinement ailleurs.
L’auteur nous
invite à devenir nous même. L’avis d’autrui n’est pas une fin en soi, n’est pas
le déterminisme de notre parcours individuel. Les évènements se déroulent dans
les années 90 c’est la période où l’homosexualité naissante était néfaste. Les
faits relatés dans ce propos rendent compte de la violence des mentalités à
cette époque, mais également de leurs évolutions positives avec l’adoption du
Mariage pour Tous. Cette victoire politique état nécessaire pour effacer la
souffrance des homosexuels persécutés et victimes de généralisations négatives.
Edouard Louis retranscrit volontairement un vocabulaire familier pour que le
lecteur ressente la profondeur des insultes et actes violent dont il a été
victime. Ainsi, nous constatons que, durant son enfance, Eddy était un individu
à l’état de bacille, indésirable. Parallèlement, l’auteur emploi un vocabulaire
plus soutenu pour retranscrire ses émotions. La confrontation de ces deux
vocabulaires symbolise l’affrontement perpétuel entre Edouard Louis, l’écrivain
normalien, et Eddy Bellegueule, l’homosexuel persécuté par son propre milieu
social. Ainsi, l’écrivain nous laisse l’impression d’en vouloir à sa famille,
mais je pense que son objectif premier était de faire comprendre à sa famille
et son milieu social qu’être différent n’est pas un vice, et qu’au final ce
n’est pas son entourage qui lui a fait du mal mais les mentalités de son propre
milieu social qui se sont acharnées sur lui. Son livre excuse et
déresponsabilise sa famille. Malgré l’absence de tendresse et un vocabulaire
drastique, l’auteur expose des vérités inimaginables.
Ce livre nous
délivre le récit d’un combat d’une jeunesse partagée entre la lutte pour
devenir un homme et des tentations prohibées, puis d’une enfance gâchée et
disparue parmi tant d’autres. De plus, ce livre pourrait être le symbole des
sentiments que peuvent ressentir les enfants victimes du harcèlement à l’Ecole,
lieu républicain où tout le monde devrait être sur un pied d’égalité. Ce monde
caché et indicible doit s’ouvrir aux autres pour en réparer les plaies et
apaiser les cicatrices.
Julien CASBAS
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