dimanche 4 octobre 2015

EN FINIR AVEC EDDY BELLEGUEULE d'Edouard Louis

Édouard Louis est né sous le nom d’Eddy Bellegueule. Issu d’un milieu très modeste, il a réussi ses études et prouve que la volonté construit une grande part de la réussite. Il est étudiant en sociologie à l’ENS et écrivain. A l’âge de 21 ans, il publie son premier roman, ce roman est en réalité son histoire personnelle, qui sera un chef d’œuvre sur le plan des émotions et de la description des sentiments ainsi que sur son embarrassante vie d’homosexuel inavouée dans une société misogyne. Parallèlement, la médiatisation de la réussite de ce livre suscite l’émergence de polémiques qui remettent en cause la manière dont il décrit ses relations avec sa famille, presque sans amour, sans compassion, sans lien. Ces critiques ont nui au ressenti de son livre mais pas à sa qualité, car en mars 2014 il a obtenu le Prix Pierre Guénin contre l’homophobie et pour l’égalité des droits. Malgré son jeune âge, Edouard Louis s’affirme déjà comme un grand écrivain.

Comment raconter sa vie alors que vous ne l’avez pas aimé ? Ou alors comment raconter la vie alors qu’elle même ne vous a pas aimé ?  Eddy a vécu dans un village où, semblable à nos règles grammaticales, le masculin l’emporte sur le féminin.  Eddy, efféminé et homosexuel, ne s’épanouit pas dans sa jeunesse, période où l’insouciance nous rend innocent et rêveur car la vie n’y est qu’amusement et amitié. Il est impossible pour Eddy de faire comme son père ou ses amis bien qu’il essaye : journée à l’usine, télévision le week-end, boire un verre au bar à proximité avec ses amis. Eddy est différent, et les autres lui transmettent leurs ressentis avec des insultes ou réflexions permanentes : « Qu’est ce qu’il a le débile ? », « Pédale ». Ces paroles dans leur intégralité sont blessantes pour cet enfant qui est juste un humain orignal, singulier et qui ne s’inscrit pas dans la continuité du processus de socialisation commun de ce village. Cette différence alliée à l’accumulation et la récurrence des insultes stigmatisent encore plus Eddy qui devient la risée du collège. Elles détruisent son intelligence qu’il ne peut affirmer, elles amenuisent sa capacité à s’intégrer et elles renforcent sa marginalisation. L’âme et le corps d’Eddy sont abimés quotidiennement. Un proverbe français dit « L’espoir fait vivre », alors Eddy pour se sortir de ce calvaire a placé ses espérances dans les études et le théâtre pour s’échapper et vivre sa vie pleinement ailleurs.

L’auteur nous invite à devenir nous même. L’avis d’autrui n’est pas une fin en soi, n’est pas le déterminisme de notre parcours individuel. Les évènements se déroulent dans les années 90 c’est la période où l’homosexualité naissante était néfaste. Les faits relatés dans ce propos rendent compte de la violence des mentalités à cette époque, mais également de leurs évolutions positives avec l’adoption du Mariage pour Tous. Cette victoire politique état nécessaire pour effacer la souffrance des homosexuels persécutés et victimes de généralisations négatives. Edouard Louis retranscrit volontairement un vocabulaire familier pour que le lecteur ressente la profondeur des insultes et actes violent dont il a été victime. Ainsi, nous constatons que, durant son enfance, Eddy était un individu à l’état de bacille, indésirable. Parallèlement, l’auteur emploi un vocabulaire plus soutenu pour retranscrire ses émotions. La confrontation de ces deux vocabulaires symbolise l’affrontement perpétuel entre Edouard Louis, l’écrivain normalien, et Eddy Bellegueule, l’homosexuel persécuté par son propre milieu social. Ainsi, l’écrivain nous laisse l’impression d’en vouloir à sa famille, mais je pense que son objectif premier était de faire comprendre à sa famille et son milieu social qu’être différent n’est pas un vice, et qu’au final ce n’est pas son entourage qui lui a fait du mal mais les mentalités de son propre milieu social qui se sont acharnées sur lui. Son livre excuse et déresponsabilise sa famille. Malgré l’absence de tendresse et un vocabulaire drastique, l’auteur expose des vérités inimaginables.


Ce livre nous délivre le récit d’un combat d’une jeunesse partagée entre la lutte pour devenir un homme et des tentations prohibées, puis d’une enfance gâchée et disparue parmi tant d’autres. De plus, ce livre pourrait être le symbole des sentiments que peuvent ressentir les enfants victimes du harcèlement à l’Ecole, lieu républicain où tout le monde devrait être sur un pied d’égalité. Ce monde caché et indicible doit s’ouvrir aux autres pour en réparer les plaies et apaiser les cicatrices.

Julien CASBAS  

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