Philosophie, Philosophie, Ô Philosophie, je ne te comprendrais dont jamais !
Hé bien justement, il ne faut jamais dire jamais ! C’est l’occasion d’aborder une oeuvre, à la fois philosophique, littéraire et poétique. Car oui, trop souvent la philosophie est associée à un concept flou qui ne concerne que les philosophes. Pour en finir avec ces préjugés, de temps à autres des avis sur des oeuvres philosophiques se glisseront dans le flot de critiques littéraires de cette page afin de vous en donner le goût.
A cette occasion, l’Avis Etudiant vient donc vous présenter une oeuvre du fameux Albert Camus : Les Justes.
Est-ce réellement nécessaire de vous le présenter ? Est ce réellement nécessaire de vous rappeler qu’il est né au début du XX siècle en Algérie ? Qu’il a fait des études de philosophie à Alger ? Qu’il fut un brillant journaliste avant de devenir un écrivain reconnu ? Qu’il fut un résistant à l’engagement politique fulgurant ? Non, je ne pense pas que ce soit nécessaire de vous le rappeler.
Allons donc directement à l’essentiel : son livre.
Ce petit ouvrage de 150 pages (précisément, tout était calculé) est en réalité une pièce de théâtre. Et celle-ci ne vient pas de sa simple imagination (comme si ça ne suffisait pas), c’est une pièce de théâtre inspirée d’un événement historique qu’il retravaille et repense à sa sauce : en 1905 à Moscou, un groupe terroriste révolutionnaire organisait un attentat à la bombe contre le grand duc, oncle du tsar, afin d’affaiblir le régime tyrannique en place. C’est à partir de ce fait qu’Albert Camus va tisser ses dialogues et créer une atmosphère aux problèmes bien plus profonds que l’histoire en elle même, c’est en cela que l’on pourra parler de philosophie (du moins, on espère en arriver jusque là).
La pièce de théâtre nous plonge donc, durant cinq actes, dans la vie de ce groupuscule au moment de la préparation de l’attentat. Et là, tandis que tout semble prêt, une question vient déranger nos amis les terroristes : peut-on tuer au nom de la justice, de la révolution, de la liberté ? C’est ce problème qui va régir toute la trame de la pièce, du début jusqu’à la fin. Dans ce cas précis, le tsar est un tyran des plus affreux, il tue, il massacre, il détruit son peuple, et rien ne semble pouvoir l’arrêter ou annoncer un quelconque changement. Organiser cet attentat contre son oncle, le grand-duc, serait une superbe occasion de s’attaquer à tout le régime entier, de faire trembler cette dictature, peut-être même de réveiller toute la population au nom de LA Liberté ! En tuant cette personne, ils sauveraient donc certainement beaucoup d’hommes, de femmes, d’enfants. Cependant, la bombe pourrait toucher des innocents en explosant dans la rue, et, même si elle n’en touchait pas, qu’elle ne fait disparaitre que le grand duc en explosant, ce serait tout de même un mort (attention, on sent que ça se complique là). Tandis que certains membres du groupe révolutionnaire diront que l’on doit tuer, si il le faut, au nom de la révolution, d’autres, au contraire, penseront qu’en tuant on ne fait que nourrir la barbarie déjà en place. Et c’est sur ce désaccord que naîtra la majeure partie des dialogues de la pièce et les décisions qui s’en suivent (ahah no spoil, il faut lire le livre).
Au delà du livre, Camus soulève ici un réel problème philosophique à la fois politique mais surtout moral. Peut-on tout faire pour atteindre la justice même si ce que l’on doit faire va à l’encontre de cette justice même ? Si l’on prône un système qui se veut emprunt de liberté, d’égalité et de droit, est il possible de tuer (ou tout autre acte qui serait contre les principes de ce système) pour l’établissement de celui ci ? De façon plus récente et moins dramatique, est il possible, pour un candidat politique, de frauder économiquement durant sa campagne si c’est pour ensuite établir un système plus juste de contrôle des comptes ? C’est tout le souci de savoir si, c’est uniquement le résultat qui compte ou, si tout le processus a de l’importance (là, ça se complique carrément).
Dans Les Justes, Albert Camus apportera quelques éléments de réflexion tout au long de la pièce sur ce propos philosophique. Pour autant, il ne donnera jamais une réponse ferme à ce sujet, à vous de former la vôtre !
Serez vous plutôt Stepan : « Qu’importe que tu ne sois pas un justicier, si justice est faite, même par des assassins. »
Ou, serez vous Kaliayev : « Et, si un jour, moi vivant, la révolution devait se séparer de l’honneur, je m’en détournerais. »
Votre lecture de ce livre vous aidera à en décider, ne parlez pas trop vite, vous pourriez vous surprendre !
Un mélange de philosophie avec la plume de Camus, ça vaut le coup. Une histoire prenante qui vous baladera entre exaltation, pression, peur et tristesse, vous tenant en haleine jusqu’à la fin, l’heure du verdict !
Et tout cela, avec la grande ironie d’Albert Camus :
« Bizarre, pour un terroriste, hein ? »
Arthur NOWICKI
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire