Etes vous plus attiré par la lecture d’un roman tiré d’une histoire vraie ou inventé de toutes pièces ? Quelle que soit votre réponse, elle est entendue par un roman qui associe les deux éléments à tel point que vous ne parveniez même plus à en discerner les limites. Où commence la fiction, où s’arrête le réel ? Comment un auteur arrive-t-il à sortir d’un cadre banal une histoire dramatique ?
Pour toutes ces questions, ruez vous sur le huitième et dernier opus de Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie.
L’auteur à succès vous emmène dans un voyage mêlant doute, autobiographie, introspection.
Quelques temps après le triomphe de Rien ne s’oppose à la nuit, roman intime sur sa mère, le personnage principal semble entraîné dans un raz de marée professionnel, perdant l’inspiration. A la même période, les tourments affectifs s’amoncellent : ses deux jumeaux partent du foyer familial faire leurs études, des lettres anonymes virulentes sont secrètement déposées à son domicile.
Le quotidien déprimant de vide prend place, jusqu’à la rencontre du livre. Lors d’une soirée Delphine fait la connaissance de L., une femme envoûtante, un certain idéal féminin. La femme dégage un mimétisme qui paraît familier à la narratrice, sans parvenir à comprendre d’où il vient. Au fil des rendez-vous, cette femme cache quelque chose, derrière ses airs dirigistes, une précarité émotionnelle incrustée depuis sa première rencontre avec Delphine peut-être… L’amie, écrivaine d’un autre genre, se montre de plus en plus intrusive et pousse Delphine à chercher dans ses vieux démons l’inspiration. Très vite, cette dernière est submergée par la présence de L. Elle l’accompagne, se mêle à son travail jusqu’à prendre son identité. Le roman nous plonge dans le quotidien de Delphine, autant que dans le symptôme cruel de la page blanche de l’écrivain. Les ingrédients de ses précédents succès sont mêlés pour notre plus grand plaisir : la fragilité intérieure de Jours sans faim, le cadre routinier des Heures Souterraines propice à la mise en valeur des sentiments originaux, à l’identification. Les témoignages autobiographiques, dignes de ceux de Rien ne s’oppose à la nuit complète l’ouvrage.
En prime : le suspens, relatif à l’enjeu du roman : la mise en abime du « réel ». A force de détails et d’intrigue, notre perception du réel se brouille. Le lecteur rentre peu à peu dans une psychose, transmise par l’intimité créée par la narratrice. Que va-t-il lui arriver ? Cette rencontre, simple fruit du hasard ou stratagème ? Jusqu’où l’intruse ira-t-elle ?
Attendu, présélectionné et plébiscité, ce livre est un succès depuis sa sortie en août. Déjà très attendu par ses lecteurs, l’auteur parvient à délivrer un cru original et palpitant.
Une réalité ou une illusion ?
Le dernier livre de Delphine de Vigan soulève bien des interrogations, interrogations qui restent partiellement éclaircies... Au lecteur de devenir acteur en interprétant personnellement chaque signe déroutant et d’en proposer une explication. Parlez en entre vous vous n’aurez pas la même. De riches échanges en perspective.
Pourquoi lui plus qu’un autre ?
Honnêtement, ce livre a des défauts comme des mérites, au lecteur le plaisir de les arbitrer. Par la lenteur de l’installation de l’intrigue, le questionnement perpétuel, la découverte se trouve un peu altérée. Cependant, c’est bien un sentiment positif de questionnement curieux qui domine une fois la dernière page achevée.
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